La Loge Etienne de la Boétie

Fondation de la Loge

« Sud-Ouest » du 23 novembre 2009

« Après s’être soumis depuis 1728, date de sa fondation, aux règles d’une grande discrétion, le Grand Orient de France lève aujourd’hui en partie le voile sur les valeurs et principes qu’il prône, en préservant toutefois le secret en ce qui concerne ses rites initiatiques. Plus ancienne et plus importante obédience maçonnique d’Europe continentale, il rassemble aujourd’hui 48 000 membres inscrits dans plus de 1 000 loges réparties en métropole sur 17 régions. En Dordogne, le Grand Orient compte neuf loges, avec la création hier matin d’une seconde entité à Sarlat.

Les feux allumés hier

Avant la cérémonie officielle visant à « allumer les feux » de cette nouvelle loge, hier à Carsac en présence d’une centaine de « soeurs » et « frères » francs-maçons venus de toute la France et de Belgique, les membres fondateurs étaient reçus la veille au soir en mairie par Philippe Melot, adjoint au maire. « La franc-maçonnerie est une tradition dans notre cité, la fondation d’une nouvelle loge y fait figure d’événement », a déclaré l’élu aux trois hauts dignitaires nationaux venus pour l’occasion : Hervé Quinquis, grand secrétaire aux affaires intérieures, Jacques Bertrand, garde des sceaux, et Jean-Pierre Delas, conseiller de l’ordre.

Présidée par Serge Jaby, qui prend désormais le titre de « vénérable », la nouvelle loge ne se substitue pas à celle qui existe à Sarlat depuis octobre 1900, sous le nom de Vers la Justice, et regroupe 45 membres sur l’ensemble du Périgord noir.

Pourquoi alors cette seconde structure ? « Cette création s’inscrit dans la logique de notre croissance (plus 5 % nets chaque année) observée en Dordogne comme sur l’ensemble du territoire français, explique Hervé Quinquis. C’est le moyen d’exprimer nos diversités et notre pluralité dans le respect de nos principes adogmatiques et libéraux. L’une des premières vocations du Grand Orient est de rassembler ce qui est épars, au travers d’un microcosme reflet de notre société. »

Autour de La Boétie

C’est un nouveau souffle donc pour la franc-maçonnerie sarladaise, avec maintenant deux groupes de travail et de réflexion qui se complètent mais ne s’opposent pas. « C’est une évolution normale », poursuit Serge Jaby, avant de préciser que la nouvelle loge est inscrite sous la forme juridique d’une association républicaine et humaniste. « Nous avons choisi de baptiser cette loge Étienne de La Boétie, pas seulement parce que l’écrivain est né dans la cité mais surtout parce que son “Discours de la servitude volontaire”, écrit alors qu’il n’avait que 18 ans, est d’une modernité éloquente. »

Clin d’oeil à l’histoire et aux symboles chers au Grand Orient : c’est la première loge maçonnique de la ville, baptisée La Parfaite Harmonie, qui a financé en grande partie l’érection de la statue de La Boétie sur la place de la Grande-Rigaudie, avec une subvention accordée à la municipalité le 12 janvier 1877. »

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Mais qui était Etienne de la Boétie ?

Étienne de La Boétie est un écrivain et un humaniste français, né le premier novembre 1530 à Sarlat, et mort prématurément (33 ans) le 18 août 1563 à Germignan, près de Bordeaux. Son oeuvre la plus célèbre est son Discours de la servitude volontaire. A partir de 1558 il fut l’ami intime de Montaigne, qui lui rendit un hommage posthume dans ses Essais (« Parce que c’était lui, parce que c’était moi » …).

L’influence du Discours de la servitude volontaire sur la philosophie politique fut (et est encore) très grande. La radicalité philosophique d’Etienne de la Boétie, pour le XVIe siècle, est vertigineuse. Le Discours a été distribué initialement sous forme de manuscrit mais n’a jamais été publié par La Boétie.

La thèse de La Boétie est la suivante : les régimes sont fondés sur la peur, laquelle sert à dissimuler l’absence de légitimité des gouvernants. Ainsi, le peuple se soumet volontairement aux pouvoirs en place, par simple habitude, par récurrence historique.

Etiene de la Boétie peut certainement être considéré comme le père de la désobéissance non-violente (ou pacifiste). La question centrale posée dans le Discours est : Comment la liberté des peuples peut-elle se retourner contre elle-même ? Comment une liberté peut-elle s’aliéner ? L’une des idées phares de La Boétie est que le renversement des régimes est essentiellement psychologique : le peuple doit arrêter de se croire inférieur à son gouvernement.

Cette thématique de la liberté retournée influencera beaucoup Rousseau dans le Contrat Social ou encore Sartre dont la thèse sur la mauvaise foi est l’équivalent ontologique.

Résumé des thèses du Discours de la Servitude Volontaire :

  • – Le pouvoir des tyrans ne repose que sur l’abandon du pouvoir du peuple.
  • – Le tyran est souvent un homme faible, comme les autres. Seuls les crédules peuvent l’idolâtrer.
  • – Il n’y a d’oppression que volontaire.
  • – Les peuples sont responsables de leur mise sous tutelle
  • – L’usage de la raison fera disparaître chez les peuples le besoin d’être trompé et dominé.
  • – Les tyrans créent une structure de pouvoir très élaborée, consistant en une hiérarchie à plusieurs niveaux, composée d’une conspiration des complices.

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